Voilà le message que s'envoie les jeunes 50 fois par jour, pour un oui, pour un non, pour rien !
- Vincent, T où ?
c'est la question lancinante que se pose mille fois par jour, ta mère, ton père, Mamie Lulu et tous tes proches !
Depuis 8 jours, ton portable crépite sans arrêt, et ton père ne sait plus comment faire pour consulter et répondre à tous ces forums, blog, SMS, et autres textos où il faut parfois plusieurs minutes pour déchiffrer quelques lignes.
Nous, d'une autre génération, avons du mal parfois à utiliser tous ces contacts virtuels que tu maîtrisais complètement.
Nous aimions mieux le contact réel, physique, d'un baiser viril sur la joue, même avec une barbe de 3 jours.
- Vince 77, T où ?
Tes amis du Club de Quad Nord77 te cherchaient pour organiser la sortie de dimanche dernier où tu devais être le leader.
Tes talents d'organisateur étaient reconnus et appréciés de tous.
Je me souviens t'avoir croisé, sur le plateau de Bouleurs, à la tête d'une trentaine de Quads et à ma vue, tu as fait stopper tout le monde, très sagement en file indienne, pour venir me saluer.
- Vince 77, T où ?
Le Club de motos de Pontcarré est là, ainsi que ton amie Aurore et tous les fondus de gros cube de sa bande, ils sont tous là, sans savoir quoi dire !
Je ne parlerais pas de ta moto, qui était partout : sur ton téléphone portable, sur ton fond d'écran d'ordinateur.
Je connais trop bien la dévotion que portent les motards à cette déesse cruelle, qui comme une Walkyrie insatiable vient choisir ses guerriers, tombés sur le champ de bataille.
- Vincent, T où ?
te demandent tes amis du Lycée Pierre de Coubertin de Meaux, tes copains de travail où tu étais fortement apprécié, par ta gentillesse, ton sourire parfois légèrement narquois, ta solide poignée de main d'un homme qui commençait à mordre dans la vie à pleine dents.
-T où ?
murmure cette jeune fille, que tu ne m'avais pas encore présenté. Il faut dire que le sujet était souvent tabou, ton extrême pudeur, ne nous laissait pas voir grand chose, dans tes affaires de c½ur.
- Gamin, T où ?
te demande ton parrain, qui se souvient de ton entrée en seconde, où assis au premier rang, tout timide, tu me laissais voir dans ton regard, cette connivence, cette complicité qu'il y avait entre nous.
Tu étais un peu le fiston que j'aurais pu avoir et que je perds, moi aussi.
Le mécréant absolu que je suis, a parfois envie de hurler à quelqu'un d'autre : T où ? Pourquoi ?
Pourquoi, une mère, un père, un parrain doivent - ils fermer les yeux d'un gosse de 24 ans ?
Mais ça ne servirait à rien, comment faire pour apaiser cette peine immense ?
Comment faire pour continuer à vivre ?
Il faut simplement garder en nous cette image d'un jeune homme plein de vie, passionné de sports mécaniques.
- Gentil, (c'est le qualificatif qui revient sur toutes les lèvres),
- Serviable et plein de gaieté
- Toujours disponible pour entreprendre et organiser quelque chose aussi bien avec les enfants des colos de la RATP, qu'avec des adultes.
Enfin, un jeune homme sur qui on pouvait compter.
Dans cette vie trop courte, tu n'as connu que les choses douces et sucrées de l'enfance et l'adolescence.
Tu es passé comme cette comète, dont la chevelure étincelante fait briller, aujourd'hui, une larme dans les yeux de chacun.
- Vincent, T où ? Je crois que je le sais ! tu es là tout simplement dans nos c½urs, à jamais !




